Biographie

1923
Naît à Naples le 19 décembre.

1941-1947
Après avoir passé sa maturité classique, il fréquente à Naples et à Rome tout d’abord la
faculté de médecine puis celle d’histoire et de philosophie.

1947- 1951
Abandonne les études universitaires. Travaille à Rome dans des journaux syndicaux de la
Confédération Générale Italienne du Travail.

1952
Part pour l’Espagne où il prend les premières photos qui seront publiées dans l’hebdomadaire
Il Mondo. Il commence ainsi dans la profession de photo-reporter qu’il exercera durant toute sa
vie professionnelle.

1962
Epouse à Varsovie Alla Evgrafovna Folomietow

2015
Meurt à Spolète le dimanche 3 mai.

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Caio Mario Garrubba naît en 1923 dans la Naples d’avant-guerre dans une famille de la bonne
bourgeoisie calabraise. Son grand-père est professeur à l’université et son père chirurgien.
Caio commence à se distancer dans les dernières années de la guerre quand il s’établit à Rome
à peine libérée et s’inscrit à la faculté d’histoire et de philosophie (abandonnant la médecine à
Naples). A vingt ans dans le climat brûlant d’une Italie à reconstruire que pourrait être Caio
Garrubba autre que de gauche ? En 1946 après avoir dilapidé les biens de la famille en une
sorte de fureur purificatoire il s’inscrit au Parti Communiste : la renaissance de la nation et la
fascination de nombreux intellectuels qui se révèlent avoir des positions voisines, d’abord
morales puis idéologiques le déterminent à s’engager activement dans le militantisme
politique. L’année suivante, en 1947 il participe à l’hebdomadaire de la Confédération
Générale Italienne du Travail (CGIL) : Il Lavoro en qualité de rédacteur « de plume » : son
contact à l’image est secondaire en ce sens que c’est souvent à lui que revient le choix des
images à publier.

En 1948, Caio Garrubba tourne quelques mois dans le sud, entre Naples et Capri, où il se
dédie aux études historiques : presque une odyssée dédiée à la recherche de sa propre
dimension d’«intellectuel». Qui correspond du reste à ses fréquents déplacements entre la
capitale et Naples, à la recherche de la profession juste. En 1950, à Rome, il s’occupe de deux
revues spécialisées comme chef du bureau d’impression de PINCA, l’organisation de
protection et de prévoyance de la CGIL. C’est là que pour la première fois, la photographie
l’appelle.

Durant ces années, à Rome comme à Milan, le débat sur la fonction de démystification de
l’image photographique qui « vaut plus que mille paroles » est très vif.

Caio Garrubba à l’occasion d’un voyage en Espagne en 1952 emporte avec lui un appareil
photo, un Rolleiflex ; il se fait expliquer les éléments essentiels de la prise de vue et part à
l’aventure, quasi à la redécouverte — à travers l’image — d’une société sur laquelle son
jugement moral est définitif. Mais il n’a rien d’un photo-reporter : ses choix sont très réfléchis
et fortement autocritiques. Parce qu’il est convaincu qu’une image doit être incontournable et
définitive, il cherche à mettre au point une narration faite d’emblèmes, en se laissant mûrir
dans un thème et une situation pendant des heures avant de photographier. Mais déjà il a
compris qu’il sera photographe : une photo lui permet d’exprimer ce qu’il ne parviendrait pas
à dire en un long article.

« Je me souviens parfaitement de cette première expérience en Espagne, également parce
qu ’elle s ’est ensuite répétée à l’identique des milliers de fois. Je prenais 7-8 photos par jour.
Je parviens encore aujourd’hui à me rappeler tout des photos que j ’ai prises : les couleurs,
les bruits, ce qu ’il y avait autour, les parfums, l’heure, le temps. Je ne me souviens plus quelle
était la première ni la deuxième. Les photos sont des indices de quelque chose qui est
certainement advenu, mais qui n ’existe plus et que chacun — moi-même — peut lire comme il le
désire. C’est cela la grande fascination de la photographie. »

Mais il est difficile de lire « comme on le désire » les images de Garrubba, tant elles sont
univoques dans leur signification et déterminées dans leur choix.

C’est à son retours d’Espagne que Caio Garrubba décide définitivement d’abandonner le
journalisme écrit pour se dédier au photo-journalisme.

S’ensuivent des mois d’enthousiasme : Caio Garrubba, Nicola Sansone, Franco Pinna, Plinio
De Martiis créent le « Collectif des Photographes Associés », qui prétend réaliser le premier
exemple de « socialisme photographique » : tous travaillent et les gains sont répartis en
fonction des besoins de chacun. Nous sommes au début des années cinquante, en pleine
guerre froide, et la tension morale de ces jeunes réussit seulement à masquer leur sectarisme
idéologique : ils ont décidé que « le vrai photographe est celui qui ne se plie pas aux
exigences du journal », que « les services invendus en Italie triomphent à l’étranger » et qu’il
convient de se préserver du contact impur avec les revues de la bourgeoisie capitaliste.
La dénonciation violente qui naît de cette décision trouve très peu de débouchés : Vie Nuove, N01‘
Donne les revues du PCI et, quelque fois, Il Mondo de Pannunzio. C’est ainsi que fait
naufrage le « socialisme photographique » : De Martiis cesse de photographier et ouvre une
galerie d’Art, Franco Pinna reprend son itinéraire dans la culture du Sud. Garrubba et Sansone
décident de voyager. C’est l’année 1954 : tout d’abord en France et en Espagne, puis le Maroc
et le nord de l’Afrique. En 1955 le tour de la Méditerranée est achevé — dans un pur esprit
tiers-mondiste — par les pays du Proche-Orient. Mais l’accuei1 de la rédaction à chaque retour
de ces deux ne parviennent pas à compenser la faiblesse des gains que Garrubba et Sansone
reçoivent. Et dans la Rome de cette moitié des années cinquante, d’autres sujets plus vendeurs
se présentent à leurs objectifs : pendant quelques mois Garrubba photographie les actrices
internationales qui affolent Cinecittà. Néanmoins il n’est ni << paparazzo >> ni agent de presse :
ses services conservent une dignité détachée, qui leur permettent de figurer également dans
certains journaux étrangers. Et c’est justement lorsque, en 1956, la revue allemande STERN
publie une de ses photos (pour laquelle il reçut plus d’argent qu’il n’en avait jamais reçu en
Italie pour un reportage entier) que Garrubba découvre le marché étranger. Germe alors en lui
la décision de faire un voyage de reconnaissance dans les pays du nord de l’Europe, surtout
pour se rendre compte des mécanismes qui régulent les choix du marché du photo-journalisme
international que en Italie peu connaissent. De tous le matériel qu’il a récolté durant ces
années, il emmène une centaine de photographies noir/blanc.

A peine arrivé à Monaco de Bavière, Garrubba reçoit des réponses enthousiastes sur son
travail : des prix élevés, un grand sérieux professionnel, une considération toute autre pour les
photo-journalistes. Le voyage se poursuit : Allemagne, Suisse, Danemark, Hollande, Suède,
Norvège, Angleterre, France. L’ultime étape est Paris, où l’Express le présente comme << le
grand photographe italien » : pour quelqu’un qui a acquis son premier appareil à peine quatre
ans plus tôt, c’est plus qu’un succès. Naturellement, en Italie ne parvient pas même l’écho de
son nom qui commence pourtant à circuler dans les rédactions des plus importants titres
internationaux. C’est ainsi que Garrubba peut commencer cette cavalcade qui le portera
autour du monde, un long itinéraire constamment entrecoupé. Et qui le portera par dessus tout
à devenir, par antonomase, le photographe de l’Est européen, dont les reportages presque
toujours exclusivement seront publiés pendant des années dans des revues de l’Europe entière,
en particuliers allemandes.

Le raid commence en 1957 : deux mois et demi à Berlin Est. Puis c’est le tour de la Pologne (
en 1962, à Varsovie, il épousera Alla Folomietov, une polonaise d’origine russe, qui
l’accompagnera ensuite toujours dans ses voyages à l’Est). Puis c’est l’URSS, où il réalise des
reportages exclusifs (comme le service interne de l’Académie Suvorov à Moscou). Jusqu’en
1974, il fera plusieurs fois le tour du monde (également aux USA et au Japon, de même qu’au
Brésil et en Europe), vendant tous ses reportages à l’étranger.

En 1959 il est en Chine, un pays alors méconnu auquel aspirent inutilement au moins la

moitié des photo-reporters mondiaux. De la Chine, Caio Garrubba rapportera des images
publiées dans le monde entiers, qui représentent aujourd’hui encore une documentation
historique incontournable.

C’est précisément cela la caractéristique de tout le travail de Caio Garrubba : de même qu’un
pouvoir expressif et une capacité narrative de premier ordre, l’exclusivité d’images prises

dans des lieux inaccessibles, de la part d’un freelance qui a réalisé une reconnaissance du
monde où l’œil participe aux événements névralgiques de l’histoire. Il ne faudrait pas croire
que ses choix idéologiques ont jamais cédé quoi que ce soit à la rhétorique officielle : il s’est
toujours placé du point de vue de celui qu’on ne voit pas, s’intéressant — parfois jusqu’à la
tendresse — à la vie des gens. « Quand je suis dans une manifestation quelconque — dit-il — ce
qui m’intéresse ce sont les gens en position dialectique par rapport au pouvoir. Ca m’intéresse
par-dessus tout de voir ce que pensent et font ceux qui sont ‘en-dehors ‘. »

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Bibliographie

Le due Germanie Hamburg, 1963

China (en collectif) chez Life World Library, New York 1963

La donna nellafotografia dans Enciclopedia della donna, Rome 1965

Lazzaro alla tua porta, en collaboration avec C. Cascio, Rome 1967

I cinesi, Milano 1969

Caio Garrubba, ed. Fabbri, Milan, 1983

Napoli 83 Napoli d’inverno, ed. Electa, Milan, 1983

Alexandr Rodcenko [testi, Caio Garrubba, Alexandr Rodcenko], ed. Fabbri, Milan, 1983

CAIO M GARRUBBA photographs, Italie, 2000